lundi 20 août 2007

Editorial du "Temps" du 20 aout 2007

Copy paste de l'éditorial du "Temps" de ce jour tant l'argumentaire me semble pertinent. Une question très juste est posée : la croissance économique américaine des dernières années aurait-elle été si forte sans explosion de l'endettement...


Qui empêchera les banques de perdre?
Editorial.


Myret ZakiLundi 20 août 2007

Alors que le «nouvel ordre financier mondial» devait subir son premier test avec l'éclatement de la bulle du crédit, il devient clair... qu'il n'aura pas à subir de test.
Les autorités monétaires ont certes pour mission d'intervenir en cas de menace de paralysie d'un système à court de liquidités.
Mais, ces derniers jours, la banque centrale américaine a surtout agi préventivement, avec un empressement sans précédent, accourant à chaque hoquet de la bourse. Et la Fed se soumettra probablement à la volonté des marchés et abaissera son taux d'intérêt d'ici au 18 septembre, voire avant.

On assiste donc à une prise en charge par la collectivité de pertes privées, en l'absence même de faillites majeures ou de crise systémique. Le système est autorisé à réaliser des gains, mais la prise de risque inconsidérée n'est censée rien coûter. Cette politique interventionniste n'a qu'une réponse illusoire à offrir: ajouter des liquidités à un système malade d'un excès prolongé de liquidités (2001-2005). En réalité, la Fed n'a jamais été aussi impuissante.

Des pertes, les banques et les fonds d'investissement en essuieront. Des licenciements, des liquidations de fonds d'investissement, des ventes de divisions de banque, il y en aura. Et si l'économie finit par s'en ressentir, la récession saura contourner les banques centrales. Elles ne peuvent sauver les banques du retrait des investisseurs, ni gracier l'économie de l'impact des débâcles financières, ni éviter aux opérateurs financiers les clignotants rouges quand le marché se retourne, ni empêcher le rendement de se métamorphoser en risque. Elles peuvent seulement tenter de faire oublier un tabou: que la croissance américaine n'est plus possible sans endettement et levier financier.

Cette sourde vérité met la Fed dans une situation impossible: quand l'argent facile a généré une croissance euphorique (2003-2006), elle n'a pu relever ses taux bien longtemps. Car l'énorme marché du surendettement qui avait proliféré entre-temps n'a pu le supporter et s'est alors dégradé au point de menacer l'économie.

La Fed se trouve en réalité obligée de maintenir la bulle de dette sous perfusion, en conservant en permanence une politique de taux accommodante. Or celle-ci est incompatible avec la croissance économique, génératrice de tensions inflationnistes.

Ce chantage de la dette pervertit l'ensemble. Si chaque Américain, sans même épargner, dépensait vraiment à hauteur de ce qu'il gagnait, la croissance serait-elle ce qu'elle est? Le jeu est si faussé...

Aucun commentaire: